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Rodolphe Chevrier (1868-1949)

Né à Ottawa, Rodolphe Chevrier, médecin de formation, a étudié à l'Université Laval, puis à Paris. «Fort mêlé, dans sa sphère d'activité, à tous les mouvements politiques, sociaux ou patriotiques», il a publié en 1892 un seul recueil, Tendres choses. (J. Fournier, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, Mise au point et préfacée par Olivar Asselin, 1920.)

 

            SPLEEN

 

Clopin-clopant, voici l'heure

Sombre et lente de la nuit,

Et j'entends à ma demeure

Quelqu'un frapper : c'est l'ennui.

 

Dehors on entend la bise,

Pleine de longs sifflements,

Soulever la neige grise

En tourbillons alarmants.

 

Quand, dans sa lueur blafarde,

Tombant lourdement des cieux,

La nuit enveloppe et garde

Les chemins silencieux.

 

Rien ne fait du bien à l'âme,

Rien ne fait peur au souci

Comme jaser à la flamme

Du foyer qui jase aussi.

 

Seul et transi dans sa chambre,

Le coeur rêvant un aveu,

Qu'un soir est long en décembre

Sans causer, sans rire un peu !

 

Jeune fille, dont l'oeil tendre

Garde un reflet de piété,

Venez remuer la cendre

Du feu de mon amitié.

 

Je vous dirai mon histoire

Et mon coeur, de fiel rempli,

Dans vos regards croira boire

Le bonheur avec l'oubli.

 

Nous aurons les fines trames

De rêves d'or à filer,

Et nous laisserons nos âmes

Sur nos lèvres se mêler.

 

Il est si doux, l'âme en fête,

De bâtir plans et projets,

Et cueillir en tête-à-tête

Des fleurs au temps des cyprès !

 

Tendres choses : poésies canadiennes, Montréal, J.P. Bédard, imp.-éditeur, 1892.




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