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Paul Stevens (1830-1881)

 

Paul Stevens est né à Bruxelles, Belgique, le 1er mai 1830. C'est vraisemblablement avant juillet 1854, après des études à l'Université de Bruxelles, qu'il immigra au Canada. Il se fixa d'abord à Berthier-en-Haut (Berthierville, Québec). Il a laissé une oeuvre littéraire considérable et variée. Son recueil de Fables est un travail d'imitation des prédécesseurs dans ce genre littéraire (Simonide, Phèdre, Ésope), mais il a su en plus d'un endroit faire oeuvre originale. Son oeuvre Contes populaires, contes parus antérieurement pour la plupart dans l'Écho du Cabinet de lecture paroissial, fut éditée par G.E. Desbarats, à Ottawa. Paul Stevens n'a pas joui, malgré la qualité de son écriture, d'une grande popularité auprès du public lecteur.


     LE LOUP, L'ÂNE ET L'ÂNON


Un âne, chargé d'ans, se mourait en son trou.
Aussitôt qu'il apprend la chose,
Accourt au trot messire loup,
S'imaginant faire un bon coup.
Mais il trouve la porte close.
Il frappe doucement. L'ânon,
Dernier enfant du moribond,
Quittant le chevet de son père,
Va regarder par le guichet
Pour reconnaître qui c'était :
- « Eh bien ! mon cher enfant, d'une voix familière
« Lui dit le loup, comment va la pauvre santé
« De l'auteur de vos jours ?...
« Quelle est sa maladie ?...
« Serait-il assez bas qu'on craindrait pour sa vie ?...
« Mais ouvrez donc, mon fils, je me suis tant hâté
« Que j'en sens un point de côté... »
- « Merci de votre politesse, »
Répond le jeune ânon en lui riant au nez ;
« Mon père est beaucoup mieux que vous ne souhaitez »
Et s'occupe si peu des gens de votre espèce
« Qu'il vous exhorte de son lit
«À tirer vos grègues de suite !... »
Aujourd'hui que de gens de pareil acabit
Font aux mourants même visite !...

 

LE CHAT ET LA CHAUVE-SOURIS

S'agit-il de rompre un serment
Ou de commettre un maléfice,
Les fourbes savent aisément
Trouver un subtil argument
Pour motiver leur injustice.

     Témoin l'exemple de ce chat :
     On l'avait pris au piège. Un rat
Sain et sauf l'en sortit ; pour payer ce service
     Maître Mitis ayant promis
     De respecter toute sa vie
La nation rateuse et la gent son amie.
Or, il prit un matin une chauve-souris :
« Je t'épargnerais rat, mais oiseau je te croque, »
     Grommela le rusé matou.
     Tout en faisant ce soliloque
     Le traître lui tordit le cou.

 

Fables, Montréal, Jean Baptiste Rolland, libraire, John Lovell, imprimeur, 1857.

 

 




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