
Littérateur, officier, fonctionnaire, homme politique et journaliste, Faucher de Saint-Maurice publie un poème en 1863, Credo, qui suscite une vive controverse : il défend le romantisme contre les attaques des partisans de la raison qui se méfient de l'imagination trop vive de ce jeune poète fougueux et ardent. À 20 ans, il s'exile alors au Mexique où il s'enrôle au service de l'empereur Maximilien. Après trois campagnes, il revient au Québec en juillet 1865. Il raconte ses souvenirs de voyage et de soldat dans La Revue canadienne et dans un volume.
MA CRÉOLE
Pépita, ma créole,
Où vas-tu donc ce soir,
Sous ta mante espagnole,
Sous ton léger peignoir ?
Vas-tu là, sous l'ombrage,
Danser la cachucha,
Ou sous le vert feuillage
Régner en manola ?
Ce soir ton oeil de flamme
Verra plus d'un marquis
Sacrifier son âme
Pour un de tes souris.
Des voix harmonieuses
Te parleront d'amour,
Mais ces phrases menteuses
Meurent avec le jour.
Jamais l'on ne respire
Sous ces lambris dorés
L'amour qui fait sourire,
Qui nous rend inspirés ;
Et souvent les phalènes
Qu'attirent leurs doux sons
Calcinent leurs antennes
Aux lustres des salons.
Pépita, ma créole,
Ne t'en va pas ce soir ;
Reste, mon espagnole,
Oh ! mais il fait si noir !
Écoute sous l'ombrage
De mon hacienda
Frissonne le feuillage :
Reste, ma sénora.
Le Pays, vol. 15, no 115, 16 octobre 1866, p. 2.