
Chef d'orchestre, compositeur, éditeur, journaliste, imprimeur, poète, chimiste. On ne possède aucun renseignement sur sa jeunesse et ses études musicales. Il vint à New York (1829) puis à Montréal (1835), se fixant à Québec à l'automne de la même année comme correspondant de La Minerve. Épousant les aspirations nationales des Canadiens français, notamment la cause des patriotes lors de la rébellion de 1837, il se fit le défenseur de la classe ouvrière, fondant, dirigeant et collaborant à un grand nombre de périodiques dont Le Fantasque (1837-49). En 1840, il s'associa à l'imprimeur W.H. Rowan et publia sa propre romance, « Le Dépit amoureux ». En 1839, il fonda une compagnie de théâtre, Les Amateurs typographes. Avec la Société des amateurs canadiens, il présenta le 26 mai 1846 l'opéra-comique Le Devin du village de Rousseau, au théâtre Sewell. En plus de diriger, il aurait complété lui-même la partition. Le 4 janvier 1836, Le Canadien publiait « Chant patriotique du Canada », paroles de M.F.R.A. (Monsieur François-Réal Angers), musique de M.N. Aubin, en six strophes, commençant par les mots « Canada, terre d'espérance ». Il vécut aux É.-U. (1853-63) puis de nouveau à Québec (1863-66). En 1866, Aubin vint s'établir à Montréal où il fut nommé (1875) inspecteur du gaz, parcourant le pays comme conseiller en éclairage des villes (durant son long séjour aux É.-U., il avait mis au point un procédé d'éclairage au gaz qui fut breveté et largement diffusé). À Québec, il avait enseigné la chimie à l'école de médecine et avait publié deux ouvrages de vulgarisation scientifique (1847, 1850). Aubin fut aussi consul honoraire de Suisse de 1875 à sa mort. (L'Encyclopédie canadienne, Web.)
TRISTESSE
Seul bien que j'envie,
Amour ! douce erreur !
Viens, ma triste vie
S'éteint de langueur,
Ô coupe d'ivresse,
Pourquoi te tarir ?
Ô fleur de jeunesse
Pourquoi te flétrir ?
Une fièvre ardente
Consume mes os :
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère
On fait des projets...
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais !
Comme un flot se brise
Aux rochers du bord
Ma vigueur s'épuise
À vaincre le sort.
Mal qui me possèdes
Abrège ton cours !
Combien tu m'obsèdes
Ô fardeau des jours !
Seul parmi la foule
Je m'en vais rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J'offre, en ma détresse,
J'offre à tous la main
Mais nul ne la presse
Ils vont leur chemin...
Ô mélancolie
Qui partout me suis
Vois, mon âme plie
Au faix des ennuis !
Chaque doux prestige
A fui devant toi :
Monde où tout m'afflige
Que veux-tu de moi ?
La joie est donnée
À nos jeunes ans,
La vie et l'année
N'ont qu'un seul printems,
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs ;
L'hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs...
Je vis une rose
Au déclin du jour ;
Que ma main t'arrose,
Dis je, ô fleur d'amour !
Puisqu'elle te cueille
Demain sans retard ;
Je vins... mais sa feuille
Volait au hasard.
La Minerve, vol. 8, no 1001, 29 janvier 1835, p. 1.