
«[...] je crois devoir vous transmettre cette pièce sortie de la plume d'une jeune Delle Canadienne, et que le hazard a fait tomber entre mes mains; je crois qu'elle ne déparera pas votre feuille (18 novembre 1831).» C'est ainsi que ce joli poème fut présenté dans Le Canadien. On ne sait pas grand-chose de Marie Donnelly, mais voilà un bel exemple de romantisme...
ROMANCE
Tandis que d'Isaure* plaintive
Aazor* quittait le séjour
L'écho répétait sur la rive
Les doux accens de son amour.
Isaure, O ! Isaure chérie
Si du rivage tû m'entend
Je reviendrai passer ma vie
Au bord du Fleuve St. Laurent.
Il part, une brise légère
L'emmène hélas ! sous d'autres cieux
Il voit une terre étangère
Mais loin d'Isaure est-il heureux ?
Il veut encor voir sa patrie
C'est-là que le bonheur l'attend
Mais reverra-t-il son amie
Au bord du Fleuve St. Laurent.
Du malheur le chantre sauvage
Se fit entendre dans ce lieu ;
Cruel destin ! triste rivage,
Tu reçus son funeste adieu.
Adieu ! adieu ma fiancée,
Ah c'est en vain que tu m'attends
Je meurs : je quitte ma pensée
Au bord du Fleuve St. Laurent.
* Aaazor et Isaure semblent être des prénoms à la mode au XVIIIe s.; on retrouve «Azor» était l'un des personnages de l'opéra «Zémire et Azor» de André Grétry (1741-1813).
Le Canadien, no 57, 19 novembre 1831, p. 1.