Avocat, Marc Lescarbot rédige des cartes, une histoire de la Nouvelle-France et des poèmes, entre autres Les muses de la Nouvelle-France en 1609, premiers vers écrits en sol canadien. Il produit également sur place, en 1606, une œuvre particulièrement originale, Le Théâtre de Neptune, interprétée par les colons restés à l'habitation de Port-Royal et des Micmacs; il s'agissait là, à ce qu'on sache, de la première pièce de théâtre jouée en Amérique du Nord.

TERRE DE FRANCE-NOUVELLE
...La terre y est plantureuse,
Pour rendre la gent heureuse
Qui la voudra cultiver.
Il ne reste qu'à trouver,
Bon nombre de jeunes filles
À porter enfants habiles
Pour bientôt nous rendre forts
En ces mers, rives et ports,
Et passer mélancolie,
Chacun avec sa mie,
Près les murmurantes eaux,
Qui gazouillent par les vaux,
Ou à l'ombre des feuillages
Des endormants verd-bocages...
... Et ne trouve quant à moi,
Drogue de meilleur aloi,
En notre France-Nouvelle,
Pour braver la mort cruelle,
Que vivre joyeusement
Avec le fruit du sarment.
Samuel Baillargeon, Littérature canadienne-française, Montréal, Fides, 1957, p. 25.

LA TABAGIE MARINE (extrait)
COMPAGNONS, où est le temps
Qu'avions nôtre passe-temps
À descendre au plus habile
Sur le pié-ferme d'une ile,
Fourrageans de toutes pars
Deça & delà épars
Parmi l'epés des fueillages
Et des orgueilleurs herbages
L'honneur des jeunes oiseaux
Qu'enlevions à grans troupeaux,
Le gros Tangueu, la Marmette,
Et la Mauve & la Roquette,
Ou l'Oye, ou le Cormorant,
Ou l'Outarde au corps plus grand
Ça (ce disoi-je à la troupe)
Emplissons nôtre chaloupe
De ces oiseaux tendrelets,
Ilz valent bien des poulets.
Jeanne d'Arc Lortie et coll., Les textes poétiques du Canada français, Tome 1, Montréal, Fides, 1987, p. 23.