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Joseph Quesnel (Saint-Malo 1746 - Montréal 1809)

 

 

Compositeur, violoniste, dramaturge, poète canadien et directeur de troupe théâtrale, iI composa des poèmes, chansons, duos, motets, quatuors et symphonies. Outre plusieurs oeuvres littéraires, subsistent les parties vocales de deux opéras, Colas et Colinette et Lucas et Cécile, ainsi que la partie du second violon et le livret du premier opéra.

Il s'établit à Montréal en 1779. Ses œuvres sont parmi les premiers opéras composés en Amérique du Nord; Colas et Colinette (1789) est le premier opéra comique dont la composition et une représentation ont lieu au Québec. Il sera présenté à nouveau en 1805 et 1807.

Extrait, «Ouverture» :

Dans le poème suivant, Quesnel considère que l'on méprise trop souvent la vie intellectuelle et la poésie.

 

STANCES MAROTIQUES* À MON ESPRIT

 

Non, mon esprit, vous n'êtes sot:

Mais onc* ne fûtes philosophe:

Point n'est sagesse votre lot;

Pourtant ne manquez pas d'étoffe.

 

Point trop mal vous dites le mot;

Assez bien raillez sans déplaire;

Or un sot ne le pourrait le faire;

Non, mon esprit, vous n'êtes sot.

 

Mais flatter ne fut mon métier;

Partant souffrez cette apostrophe;

Bien êtes un peu singulier;

Mais onc ne fûtes philosophe.

 

Tout gai, libertin, dévot,

Sans fin variez votre assiète;

Et donc à bon droit je répète,

Point n'est sagesse votre lot.

 

Or évitez des esprits vains

Commune et triste catastrophe;

Car certes n'êtes des plus fins;

Pourtant ne manquez pas d'étoffe.

 

* Marotiques : rappellent la poésie de Clément Marot, poète français du XVIe s.

* Jamais.

 

La bibliothèque canadienne, vol. 3, no 2, juillet 1826, p. 74.

 

«Voilà la plus remarquable et la plus populaire des chansons de Joseph Quesnel [...]. Tout le poème chante allègrement la victoire de la nature [...] sur la raison et la logique. Celle-ci a beau réprimer les sentiments, passions et vices, ils survivent à tous les efforts.» (Jeanne d'Arc Lortie et coll., Les textes poétiques du Canada français, Montréal, Fides, 1987, p. 460.)

 

LE PETIT BON HOMME VIT ENCORE

 

Souvent notre plus doux penchant

Est condamné par la sagesse;

Elle nous commande sans cesse,

De résister au sentiment;

Contre nos goûts elle murmure,

Mais veut-on vaincre la nature,

On s'apperçoit qu'au moindre effort,

Le p'tit bon homme vit encore !

 

Atiste cet aimable acteur

Par scrupule quitte la scène;

Il résiste au goût qui l'entraîne,

C'est un dévot plein de ferveur;

Mais qu'on lui parle de Théâtre,

Il devient gai, même folâtre,

Son penchant le trahit d'abord;

Le p'tit bon homme vit encore !

 

Lycas déjà sur le retour

Se livre à la Philosophie,

Il veut et pour toute la vie,

Briser les chaînes de l'amour

Il voit Aminte, et dans son âme

Soudain se rallume la flâme,

Du plaisir il sent le transport;

Le p'tit bon homme vit encore !

 

Orgon né fourbe et sans esprit

A d'un trompeur le caractère,

La mort dit : j'en fais mon affaire,

Et la fièvre aussitôt le prit:

Il s'addresse au Docteur Pennkrève

C'est tout dire, il faut bien qu'il crève

Hé bien, il a trompé la Mort;

Le p'tit bon homme vit encore !

 

Le vieux Cléon dans le Barreau

Est convaincu d'être faussaire;

Certes il devoit pour cette affaire

Gambiller au bout d'un cordeau;

Sa jeune épouse sollicite

À son juge elle rend visite;

Femme jolie vaut un trésor:

Le p'tit bon homme vit encore !

 

Les exploits d'un guerrier fameux

Causoient une terreur secrette;

On vous le tüe dans la Gazette,

Et tout le monde dit: tant mieux;

Mais tandis qu'on se félicite

Voilà que le mort ressucite,

Certes la Gazette avait tort;

Le p'tit bon homme vit encore !

 

La guerre a fait couler le sang

Dans tous les coins de ma patrie,

Jamais l'affreuse tyrannie,

Ne fit périr tant d'innocents;

Pour moi que les destins prospères,

Ont sauvé du sort de mes frères,

Je dis en bénissant mon sort:

Le p'tit bon homme vit encore !

 

La Gazette de Québec, 22 octobre 1801, p. 2.

 

 




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