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Joseph Lenoir-Rolland (1822-1861)

Joseph Lenoir naît dans le quartier Saint-Henri à Montréal, le 15 septembre 1822.  Admis au Barreau en 1847, il devient rédacteur aux bureaux de l'Instruction publique du Québec. Décédé le 3 avril 1861, la critique le reconnaît aujourd'hui comme le meilleur poète canadien-français avant Émile Nelligan. Les commentateurs ont toutefois déploré que l'œuvre de Lenoir ait été dispersée dans les journaux pendant près d'un siècle. (Wikipédia)

Dayelle. Orientale.

Douce brise du soir, haleine parfumée,
Qu'exhale, en expirant, le vaste sein du jour,
Ah ! puisses-tu bientôt, sur la couche embaumée
Où Dayelle s'agite, (oh ! je l'ai tant aimée !)
Porter à son oreille un mot de mon amour !

Allah ! je n'ai plus rien qu'un chétif dromadaire !
Un fakir, l'autre jour, m'a ravi mon caftan !
Une Circassienne, achetée au vieux Caire,
A tué ma cavales !.... Et je suis solitaire,
Comme un des noirs muets du sérail du Sultan !

Car, voyez-vous, c'est elle ! une odalisque pâle,
Dont l'oeil noir étincelle au milieu de ses pleurs,
C'est elle qui voulut que ma rouge cavale
À force de courir devint, comme l'opale,
Blanche sous son écume et pleine de douleurs !

Que la tente où parfois tu vas dormir, ma belle,
Quand le simoun en feu règne sur le désert,
Te soit une oasis, où ton pied de gazelle
Se pose sans frémir ! Que ton coursier fidèle
Y trouve une eau limpide, un gazon toujours vert !

Douce brise du soir, haleine parfumée,
Qu'exhale, en expirant, le vaste sein du jour,
Ah ! puisses-tu bientôt, sur la couche embaumée,
Où Dayelle s'agite, (oh ! je l'ai tant aimée !)
Porter à son oreille un mot de mon amour !

 

Le Génie des forêts

Il est dit qu'une fois, sur les arides plaines
Qui s'étendent là-bas dans les vieilles forêts,
L'esprit des noirs brouillards qui couvrent ces domaines
Dormit à l'ombre d'un cyprès.

Mais il n'était pas seul : l'air pensif, en cadence,
Pressés autour de lui, des hommes s'agitaient ;
Un chant rompit bientôt leur lugubre silence :
Voici quel chant ils écoutaient:

Foule de guerriers sans courage,
Je le sais et tu t'en souviens,
Parce que tu n'aimais qu'un indigne carnage,
Mes pères ont maudit les tiens.

Parce que tu mangeais des entrailles de femme,
Tu t'engraissais des chairs de tes amis,
Et que jamais, chez toi, n'étincelle la flamme,
Qu'autour de tremblants ennemis.

Va voir, si tu peux, au seuil de nos cabanes,
Les pâles et rouges débris
Des chevelures et des crânes
Qu'en ton sein autrefois ma hache avait surpris.

Foule de guerriers sans courage,
Je le sais et tu t'en souviens,
Parce que tu n'aimais qu'un indigne carnage,
Mes pères ont maudit les tiens.

Viens donc ! apporte la chaudière,
Tu boiras le jus de mes os !
Viens donc ! assouvis ta colère,
Tu ne m'entendras pas pousser de vains sanglots !

Ils frappent : les haches brisées
À leurs pieds tombent en éclats ;
Ils frappent : leurs mains épuisées
Restent sans vigueur à leurs bras.

Lui, cependant, avec un rire horrible,
Le cou tendu, les yeux sans mouvement,
Sur le roc qui voyait cette lutte terrible,
Il s'asseyait en murmurant:

Viens donc ! apporte la chaudière,
Tu boiras le jus de mes os !
Viens donc ! assouvis ta colère,
Tu n'entendras pas pousser de vains sanglots !

À la fin, bondissant de douleur et de rage,
L'esprit de la noire forêt
Jette dans l'air un cri rauque et sauvage,
Écume, grince et disparaît.

Depuis, nul n'a foulé le morne solitaire,
Alors que les vents de la nuit
Aux horreurs qui couvrent la terre
Ont mêlé leur funèbre bruit.

Car une forme surhumaine,
Hâve, dégoûtante de sang,
Accourt du milieu de la plaine,
Y dresser son front menaçant.
 




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