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Joseph-Guillaume Barthe (1816-1893)

 

 

Homme politique,  journaliste, avocat et poète natif de Carleton, il fait des études en philosophie, médecine et droit. Patriote de 1837, il est arrêté et emprisonné en 1839 avec Napoléon Aubin après avoir publié un poème dénonçant l'exil forcé des insurgés politiques. Sorti de prison, il collabore à L'Aurore des Canadas et entre au barreau des avocats. Il s'oppose à l'Acte d'Union de 1840 mais réussit tout de même à se faire élire député libéral de Yamaska en 1841. En 1844 et 1851, il échoue dans ses tentatives de se faire réélire. Il devient le greffier à la cour d'appel locale et voyage en Europe où il exerce son métier de journaliste. (Wikipédia)

Auteur de 3 contes et d'environ 80 poèmes, publiés à Montréal dans le Populaire et l'Aurore des Canadas, il aborde les thèmes de la nature et de l'amour, mais il privilégie l'ode patriotique.

 

   LES PLAISIRS DE L'AMOUR

 

Passer sa vie à chérir ce qu'on aime,

Se voir payer d'un trop juste retour,

Le coeur nous dit que c'est le bonheur même :

C'est ce qui fait les plaisirs de l'amour !...

 

Vous ignorez le bonheur de ce monde,

Le calme est loin de votre affreux séjour :

Avec l'hymen cherchez la paix profonde,

C'est ce qui fait les plaisirs de l'amour !...

 

Vous qui voulez vous piquer de sagesse,

Sur son autel sacrifiant un jour,

Vous bénirez le joug d'une maîtresse !

C'est ce qui fait les plaisirs de l'amour !...

 

Exister seul, isolé d'une Elvire*,

J'aimerais mieux n'avoir pas vu le jour !

Son doux regard ou bien son doux sourire,

C'est ce qui fait les plaisirs de l'amour !...

 

Couler ses jours dans le sein du ménage,

Auprès d'un ange à qui l'on fait la cour,

Qui met vos jours à l'abri de l'orage,

C'est ce qui fait les plaisirs de l'amour !...

 

* Femme délaissée par celui qu'elle aime.

 

John Huston, Répertoire national, tome 1, 1848, p. 352.

 

                    L'ORPHELINE

 

Pourquoi donc suis-je seule ? isolée ? et muette ?

Pourquoi la paix si loin de mon âme inquiète ?

     Le bleu du ciel est pur !

     Dans la voûte céleste

     Pas un nuage obscur...

Je suis sombre pourtant... quelque souci funeste

     M'agite dans le sein !

Je sens naître, en mon âme, un tragique dessein...

J'ai beau voir, au jardin, le tendre époux de Flore*

     Épanouïr mes fleurs,

J'ai beau, sur mes oeillets, voir les larmes d'Aurore*

     Rafraichir leurs couleurs,

Ce n'est rien pour mon coeur qu'une rude torture !

     Le deuil de la Nature

     Ferait mieux en ce jour...

Et puis, la pauvre enfant cheminait, inclinée

     Vers son humble séjour.

Comment calmer, mon Dieu ! ses poignantes                                                           [douleurs ?

Pouvait-elle noyer ses ennuis dans ses larmes ?

     Le désespoir, helas ! n'a pas de pleurs !...

Et les pleurs, dans l'ennui, sont de si pauvres armes

     Pour une infortunée !...

Elle tendait au ciel sa suppliante main,

Exhalait en soupirs les restes de sa vie...

     Et ses soupirs brûlans

     Montaient comme un encens

     Vers le trône divin !...

Une soeur, ange au ciel, lui restait pour amie :

(Dans la langue des saints on la nomme Vertu !)

Elle offrait à Jésus pour l'ange de la terre,

Tout ce que dans son âme il régnait de vertu,

L'amour d'un jeune enfant pour une tendre mère,

Et la sainte pudeur de sa virginité...

     Pauvre Colombe, elle était si souffrante !

Alors qu'elle priait elle était si touchante...

C'est Dieu qui va la rendre à la sérénité !...

Elle sera demain dans la sainte Patrie !

     Les jours de deuil seront passés,

     Et puis le songe de la vie...

     La paix aux trépassés !

 

* Flore : déesse latine des fleurs et des jardins, épouse de Zéphyr (personnification des vents d'ouest).

*Aurore : fille de Titan et de la terre ou soeur du soleil et de la lune. Cette déesse ouvrait les portes du jour.

Le Populaire, 1re année, no 26, 7 juin 1837. p. 1







 




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