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Joseph-Édouard Turcotte (1808-1864)

 

Avocat, homme politique, et entrepreneur, né à Gentilly, Bas-Canada, le 10 octobre 1808, du mariage de Joseph Turcot, marchand, et de Marguerite Marchildon, décédé à Trois-Rivières le 20 décembre 1864. Turcotte se mêle à l’agitation politique de l’heure par des écrits libéraux et révolutionnaires, inspirés des philosophes et des libéraux français. Puis il joint les rangs des partisans de Louis-Joseph Papineau et devient un patriote radical. Ses poèmes témoignent généralement de ses convictions politiques. (Dictionnaire biographique du Canada en ligne, Web)

 

L'ANNIVERSAIRE DU GRAND-MEURTRE

 

DEUX ANS... trois martyrs... nos trois frères...

Peuple canadien, viens en deuil,

Viens offrir au ciel tes prières,

Viens méditer sur leur cercueil.

L'herbe qui croît sur cette tombe,

Viens la baiser avec transports;

Sur elle quand ton âme tombe

Ne trouve pas l'herbe des morts.

 

Quand tu viens ici pour descendre

Dans cette demeure sans bruit,

Quand tu viens remuer la cendre,

D'où doit surgir l'arbre au long fruit,

Vois-tu comment la tyrannie

S'agite d'un puissant effort ?

C'est sa convulsive agonie

L'avant-courrière de la mort.

 

De toi ta mère est idolâtre,

Te répétait à t'étourdir

Ta cent fois perfide marâtre

Qui t'embrassait pour t'engourdir.

Tu t'endormis penché sur elle,

Tu te réveillas dans leur sang !!!

Quand vas-tu dire à la cruelle :

Ça, Femme, je suis assez grand ?

 

Secouant l'antique poussière,

Tu t'es levé comme un géant ;

Mais ton existence première

La vois-tu comme un long néant ?

Ouvre le grand livre du monde,

Puis, au feuillet ensanglanté,

Lis, là, sur la page féconde,

Lis : ESCLAVE ou LIBERTÉ.

 

Assis au banquet d'Amérique,

On emplit ta coupe de sang !!!

Serait-elle donc chimérique,

La voix grande qui dit ton rang ?

Dédaignant la manne de l'Ange,

Veux-tu, comme Israël, manger,

En cherchant dans la vieille fange,

Les fruits impurs de l'Étranger ?

 

Non, non, dans la coupe sanglante,

Tu ne boiras pas le mépris,

Ni l'injustice dégoûtante,

Ni l'orgueil de tes ennemis.

Dis, dis d'une voix de tonnerre

À ces tyrans audacieux.

Le Lion régne sur la terre,

Mais l'Aigle s'approche des cieux.

 

La Minerve, vol. 8, no 30, 26 mai 1834, p. 3.




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