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Joseph D. Mermet (1775-1826)

Ralph D. Paine, The Flight for a free Sea, Allen Johnson Editor, 1920.

On ne sait que peu de chose de la vie de Mermet, si ce n'est qu'il naquit à Lyon, vers les 1775, et qu'il passa trois ans au Canada (1813-16).  Il était lieutenant à ce fameux régiment de Watteville, qui, de la Sicile où il faisait du service, vint en 1813 prêter main-forte aux Canadiens contre les Américains. Son poème sur la victoire de Châteauguay, qu'il publia dès les premiers mois de son séjour au Canada, suffit à fonder son succès dans un pays où les hommes de lettres étaient rares et la critique peu exigeante. Le lieutenant Mermet se hâta, à la Restauration, de rentrer en France, où il s'attendait de voir enfin récompensé son attachement aux Bourbons.
Mais, complètement méconnu par le nouveau régime, bientôt il regretta amèrement d'avoir quitté le Canada.
La dernière fois qu'il donna de ses nouvelles [à ses amis canadiens] c'était en 1820, il était à Marseille, déçu, pauvre, malheureux. (La Passerelle des Arts, Web.)

Même si la poésie de Mermet n'est guère originale, elle était appréciée de la bonne société montréalaise et a servi à attiser la flamme patriotique des Canadiens français (Jeanne d'Arc Lortie et coll., Les textes poétiques du Canada français, tome 1, Montréal, Fides, 1987, p. 696.) Dans le poème suivant, Mermet se moque des Américains vantards qui soulignent leurs quelques victoires lors de la guerre de 1812-1814.

 

            LES VENTS AMÉRICAINS

 

Après un grand diner qu'on donnoit à Boston,

Chacun se trouva pris du hoquet à la mode.

Chacun de l'air le plus commode,

Exhaloit ses vapeurs, rendoit le même son.

Les Dames même en fesoient leur chanson

Puis, d'un combat naval on raconta l'histoire.

On disputa, mais sans cesser de boire;

Et le ho--quet coupoit les argumens:

C'étoit des mais, des si--.. c'étoit un fruit de foire;

Et le ho--quet toujours rehaussoit les accens

«Oui!» s'écria l'un d'eux, nous eumes... la vic-toire,

«La mer... est le plus beau... de tous les... élémens;

«Nous y trouvons... la fortune et ... la gloire.»

«Morbleu!» dit un François, «c'est bien facile à croire,

Puisqu'à vos tables même, on dispose des vents.»

 

Le Spectateur, 2 mai 1815, p. 193.

 

 

          La victoire de Châteauguay


La trompette a sonné : l'éclair luit, l'airain gronde ;
Salaberry paroit, la valeur le seconde,
Et trois cents Canadiens qui marchent sur ses pas,
Comme lui, d'un air gai, vont braver le trépas.
Huit mille Américains s'avancent d'un air sombre ;
Hampton, leur chef, en vain veut compter sur leur nombre.
C'est un nuage affreux qui paroit s'épaissir,
Mais que le fer de Mars doit bientôt éclaircir.


Le Héros canadien, calme quand l'airain tonne,
Vaillant quand il combat, prudent quand il ordonne,
A placé ses guerriers, observé son rival :
Il a saisi l'instant, et donné le signal.
Sur le nuage épais qui contre lui s'avance,
Aussi prompt que l'éclair, le Canadien s'élance...
Le grand nombre l'arrête... il ne recule pas ;
Il offre sa prière à l'ange des combats,
Implore du Très-Haut le secours invisible ;
Remplit tous ses devoirs et se croit invincible.
Les ennemis confus poussent des hurlemens ;
Le chef et les soldats font de faux mouvemens.
Salaberry qui voit que son rival hésite,
Dans la horde nombreuse a lancé son élite :
Le nuage s'entr'ouvre ; il en sort mille éclairs ;
La foudre et ses éclairs se perdent dans les airs.
Du pâle Américain la honte se déploie :
Les Canadiens vainqueurs jettent des cris de joie ;
Leur intrépide chef enchaîne le succès,
Et tout l'espoir d'Hampton s'enfuit dans les forets.


Oui! généreux soldats, votre valeur enchante :
La patrie envers vous sera reconnoissante.
Qu'une main libérale, unie au sentiment
En gravant ce qui suit, vous offre un monument :
«Ici les Canadiens se couvrirent de gloire ;
«Oui! Trois CENT sur Huit MILLE obtinrent la victoire.
«Leur constante union fut un rempart d'airain
«Qui repoussa les traits du fier Américain.
«Passant, admire les... Ces rivages tranquilles
«Ont été défendus comme les Thermopiles* ;
«Ici Léonidas et ses trois cents guerriers,
«Revinrent parmi nous cueillir d'autres lauriers.»

 

* En 480 av. J.-C., le roi Léonidas et ses 300 Spartiates s'opposent aux Perses; Mermet compare donc l'exploit de Salaberry et ses 300 Canadiens à celui de Léonidas.

 

Le Spectateur, 25 novembre 1813, p. 105.

 




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