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James Prendergast (1858-1945)

O. R. Jacobi, Canadian Autumn, 1870

James-Émile-Pierre Prendergast naît à Québec en 1858. Reçu avocat en 1881, il va s'établir peu de temps après au Manitoba, récemment ouvert à la colonisation. Il représente la province quelques années à l'Assemblée législative, puis il devient secrétaire, ensuite juge de comté à Winnipeg, juge à la Cour Suprême des Territoires du Nord-Ouest et, finalement, juge au Banc du Roi ou cour d'appel du Manitoba en 1910. D'éducation française, Prendergast s'efforce de défendre les intérêts des Canadiens français malgré les « assauts des politiciens ignorants et brutaux». Selon Ismène Toussaint, le poète est « déchiré entre ciel et terre, [et il] injecte, quant à lui, dans Soir d'automne (1881), une délicate dose de sensibilité lamartinienne ». (Sources : J. Fournier, Anthologie des poètes canadiens, 1902; I. Toussaint, L'Encyclopédie canadienne, Web.)

 

SOIR D'AUTOMNE (EXTRAIT)

                      LE POÈTE


Voilà qu’au firmament une étoile s’allume ;
Le ciel dévoile aux yeux toute sa profondeur.
Sur les coteaux lointains la forêt vierge fume ;
À leur pied se replie un lourd voile de brume,
Au-dessus tremble encore une faible rougeur.

Comme un navire en proie au feu qui le dévore,
Le soleil dans la nue enfonçant par degré
Et projetant au loin ses lueurs, a sombré.
Et la nuit qui surgit du côté de l’aurore,
Ainsi que des débris sur le flot empourpré,
Efface les reflets qui surnagent encore.

J’aime ces soirs d’automne et leur pâle beauté.
Le ciel revêt alors une teinte plus grave ;
Et lorsque les rayons, comme une ardente lave,
Ont glissé des versants inondés de clarté,
La nuit calme soudain les vents et les tempêtes
Et le firmament bleu s’arrondit sur nos têtes,
Splendide, empreint de calme et de sérénité !

J’appelle alors la vieillesse sereine
Dont ces beaux soirs sont un tableau vivant,
Cet âge heureux où la tempête humaine
Ne m’emportera plus dans sa course incertaine,
Où se forme le lac des ondes du torrent.

Je sens que l’âme est plus légère
Devant cette nature où rien n’est tourmenté ;
Et les étoiles d’or gravitant dans leur sphère,
Me semblent doucement s’approcher de la terre
Et sourire à l’humanité.

En été, le couchant a trop d’ardente flamme,
Les bois trop de parfums, de murmures confus ;
Les espaces profonds ravissent trop notre âme,
Et la terre est trop belle à nos regards émus...

Pourquoi me semble-t-il que toute la nature
Cette nuit parle par ma voix ?
Qui chante ces accords sur mon luth qui murmure
Sans que ses cordes d’or frémissent sous mes doigts ?

Est-ce toi qui m’appelles ?
Ma Muse, est-ce bien toi ?
J’ai cru voir l’ombre de tes ailes
Palpiter près de moi...



                                    LA MUSE


C’est moi qui suis venue à cette heure bénie
Où sur tous les buissons ton âme rajeunie
Comme l’oiseau se pose pour chanter ;
Car la Muse aime aussi la vie et la jeunesse,
L’enthousiasme saint, les élans et l’ivresse,
Tout ce qui ravit l’âme et l’aide à remonter.

Je relève aussitôt l’homme faible qui tombe ;
Je verse à flots pressés dans son coeur qui succombe
Comme un baume divin, la consolation.
On m’appelait la Muse avant de me connaître ;
Tu n’as qu’à m’appeler pour me voir apparaître ;
Je suis la Grâce et l’Inspiration !

Tu t’enivres un jour du vin de la jeunesse ;
Demain fondra sur toi la stérile tristesse
Étouffant de son poids les élans généreux.
Ton inutile ardeur ne poursuit que des ombres,
Et tes espoirs déçus couvrent de leurs décombres
L’objet vrai de tes voeux.


                        *    *
                           *


À ta vie, à ton nom, ne mens plus ô Poète ;
Surtout ne mens plus à ton coeur.
Encore ce matin, brisé, le front rêveur,
Tu marchais dans les bois et ta voix inquiète
Appelait en tremblant la voix qui la répète
Et lui répond toujours avec tant de douceur.

Insensé! cette voix c’est l’écho, c’est ton rêve
Qui s’émeut et qui pleure en ton coeur endormi
Et tu crois que le chant qu’il commence s’achève
Sur les lèvres d’un ami.

Et depuis quel long temps te penchant près de l’onde,
Et n’y voyant que toi, ne penses-tu pas voir
Dans le cristal menteur quelqu’un qui te réponde
Et s’approche du bord quand tu t’y viens asseoir.

Hélas! ce n’est qu’une ombre, en ton ivresse amère,
Que tu vois souriant dans ce miroir profond ;
Qui tend ses bras tremblants à ton ombre éphémère,
Et dont le front brûlant s’approche de ton front.

Partout, toujours, en toute chose,
Tu penses voir un abri pour ton coeur ;
Une fraîche espérance où l’âme se repose,
Où l’homme plus heureux devient aussi meilleur.

 




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