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Henri-Raymond Casgrain (1831-1904)

«Casgrain n'a pas publié autant que l'historien Benjamin Sulte, n'a pas le talent poétique de Crémazie ou de Fréchette, et n'obtient pas au pays le succès populaire du romancier Joseph Marmette, mais il a écrit 85 ouvrages, plus de 200 articles, a fait publier, en l'espace de 10 ans, 80 000 volumes des membres de son réseau en tant qu'éditeur intellectuel de la série nationale de livres de récompense, et il fut l'écrivain du XIXe siècle le plus édité et le plus lu à l'étranger: 9 éditions chez Marne & Fils à Tours des Français au Canada, 5 éditions des Héros de Québec, 4 éditions de Montcalm et Lévis, une traduction allemande de son Histoire de Mère Marie de l'Incarnation, sans compter des articles aux États-Unis.» Manon Brunet, Voix et Images, vol. 27, n° 2, (80) 2002, p. 216-237.

L'abbé Casgrain est sans doute peu connu pour son oeuvre poétique, mais il a publié en 1869 un recueil intitulé Les miettes, distractions poétiques. Tirée à 50 exemplaires, il semble que cette publication ait peu marqué son époque; elle contient toutefois quelques bons poèmes et révèle surtout les préoccupations de l'homme et du prélat.

 

            LE PORTRAIT DE MON PÈRE

 

Il est là, dans son cadre, au vieux mur suspendu.

Le front large et pensif, l'air calme, mais austère.

Le regard, plein de feu, dans l'espace perdu;

Toujours je l'ai vu là, ce portrait de mon père.

 

Quand l'ombre de la nuit descend sur le manoir,

Que tout devient obscur au salon solitaire,

Un rayon toujours brille et paraît se mouvoir:

C'est l'oeil étincelant du portrait de mon père.

 

De la toile parfois semble se détacher

Et descendre vers moi cette ombre qui m'est chère.

Elle vient à ma droite en silence marcher,

Et m'indique du doigt le portrait de mon père.

 

Quand surgissent les jours d'orage intérieur,

Où l'âme est sans vertu, le courage éphémère,

Pour raffermir mes pas au sentier de l'honneur,

Je n'ai qu'à regarder le portrait de mon père.

 

Si jamais au torrent me laissant emporter,

À ses nobles leçons je venais à forfaire,

Rougissant de moi-même, oserais-je affronter

Le foudroyant regard du portrait de mon père.

 

Vingt ans passés, la mort vint frapper au manoir.

Lorsque ma mère en deuil revint du cimetière,

Elle me dit montrant le cadre orné de noir :

«Embrasse, mon enfant, le portrait de ton père.

 

«Pour être comme lui digne de tes aïeux,

«Et comme lui remplir une noble carrière,

«Être grand citoyen et chrétien vertueux,

«Viens t'inspirer devant le portrait de ton père.»

 

L'imiter fut depuis mon suprême désir,

Et quand je fermerai mes yeux à la lumière,

À Dieu je veux léguer mon dernier souvenir

Et mon dernier regard au portrait de mon père.

 

Les Miettes - distractions poétiques, Québec, Ateliers typographiques de P.-G. Delisle, 1869, 69 p.

 




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