
Avocat, homme politique (élu député à maintes reprises, principal lieutenant du premier ministre Macdonald, conseiller de la reine), et hommes d'affaires, considéré comme l'un des Pères de la Confédération, Cartier a écrit quelques poèmes mémorables.
UN SOUVENIR DE 1837
Dans le brillant de la jeunesse
Où tout n'est qu'espoir, allégresse,
Je vis captif en proie à la tristesse,
En tremblant je vois l'avenir
Venir.
De longtemps ma douce patrie
Pleurait sous les fers asservie ;
Et, désireux de la voir affranchir,
Du combat j'attendais l'instant
Gaîment.
Mais advint l'heure d'espérance
Où j'entrevoyais délivrance ;
Eh ! mon pays, en surcroit de souffrance,
Mars* contraria tes vaillants
Enfants.
Et moi, victime infortunée
De cette fatale journée,
Le léopard sous sa griffe irritée
Sans pitié me tient mains et pieds
Liés.
La reverrai-je cette amie
Naguère qui charmait ma vie,
Souvent en moi son image chérie
Fait soupirer dans sa douleur
Mon coeur.
Adieu ! Ma natale contrée,
Qu'à jamais je vois enchainée,
Fasse le ciel qu'une autre destinée
T'accorde un fortuné retour
Un jour !
* Dieu romain de la guerre.
Nouvelle Lyre Canadienne, Montréal, Lovell, 1858, p. 234-235.

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Ô CANADA ! MON PAYS ! MES AMOURS !
Comme le dit un vieil adage:
Rien n'est si beau que son pays;
Et de le chanter, c'est l'usage;
Le mien je chante à mes amis
L'étranger voit avec un œil d'envie
Du Saint-Laurent le majestueux cours;
À son aspect le Canadien s'écrie:
Ô Canada! mon pays! mes amours!
Maints ruisseaux et maintes rivières
Arrosent nos fertiles champs;
Et de nos montagnes altières,
De loin on voit les longs penchants.
Vallons, coteaux, forêts, chutes, rapides,
De tant d'objets est-il plus beau concours?
Qui n'aimerait pas tes lacs aux eaux limpides?
Ô Canada! mon pays! mes amours!
Les quatre saisons de l'année
Offrent tour à tour leurs attraits.
Le printemps, l'amante enjouée
Revoit ses fleurs, ses verts bosquets.
Le moissonneur, l'été, joyeux s'apprête
À recueillir le fruit de ses labeurs,
Et tout l'automne et tout l'hiver, on fête.
Ô Canada, mon pays! mes amours!
Le Canadien comme ses pères,
Aime à chanter, à s'égayer.
Doux, aisé, vif en ses manières,
Poli, galant, hospitalier.
À son pays il ne fut jamais traître,
À l'esclavage il résista toujours;
Et sa maxime est la paix, le bien-être
Du Canada, son pays, ses amours.
Chaque pays vante ses belles;
Je crois bien que l'on ne ment pas;
Mais nos Canadiennes comme elles
Ont des grâces et des appas.
Chez nous la belle est aimable, sincère;
D'une Française elle a tous les atours,
L'air moins coquet, pourtant assez pour plaire,
Ô Canada! mon pays! mes amours!
Ô mon pays! de la nature
Vraiment tu fus l'enfant chéri;
Mais l'étranger souvent parjure,
En ton sein, le trouble a nourri.
Puissent tous tes enfants enfin se joindre,
Et valeureux voler à ton secours!
Car le beau jour commence à poindre.
Ô Canada! mon pays! mes amours!
La Minerve, vol. 9, no 40, 29 juin 1835, p. 3.
