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George-Étienne Cartier (1814-1873)

 

Avocat, homme politique (élu député à maintes reprises, principal lieutenant du premier ministre Macdonald, conseiller de la reine), et hommes d'affaires, considéré comme l'un des Pères de la Confédération, Cartier a écrit quelques poèmes mémorables.

 

    UN SOUVENIR DE 1837

 

Dans le brillant de la jeunesse

Où tout n'est qu'espoir, allégresse,

Je vis captif en proie à la tristesse,

En tremblant je vois l'avenir

Venir.

 

De longtemps ma douce patrie

Pleurait sous les fers asservie ;

Et, désireux de la voir affranchir,

Du combat j'attendais l'instant

Gaîment.

 

Mais advint l'heure d'espérance

Où j'entrevoyais délivrance ;

Eh ! mon pays, en surcroit de souffrance,

Mars* contraria tes vaillants

Enfants.

 

Et moi, victime infortunée

De cette fatale journée,

Le léopard sous sa griffe irritée

Sans pitié me tient mains et pieds

Liés.

 

La reverrai-je cette amie

Naguère qui charmait ma vie,

Souvent en moi son image chérie

Fait soupirer dans sa douleur

Mon coeur.

 

Adieu ! Ma natale contrée,

Qu'à jamais je vois enchainée,

Fasse le ciel qu'une autre destinée

T'accorde un fortuné retour

Un jour !

 

* Dieu romain de la guerre.

Nouvelle Lyre Canadienne, Montréal, Lovell, 1858, p. 234-235.

 

Cliquer sur l'image ci-dessous pour accéder au site du musée consacré à George-Étienne Cartier, situé dans le Vieux-Montréal.

 

 

Ô CANADA ! MON PAYS ! MES AMOURS !

Comme le dit un vieil adage:

Rien n'est si beau que son pays;

Et de le chanter, c'est l'usage;

Le mien je chante à mes amis

L'étranger voit avec un œil d'envie

Du Saint-Laurent le majestueux cours;

À son aspect le Canadien s'écrie:

Ô Canada! mon pays! mes amours!

 

Maints ruisseaux et maintes rivières

Arrosent nos fertiles champs;

Et de nos montagnes altières,

De loin on voit les longs penchants.

Vallons, coteaux, forêts, chutes, rapides,

De tant d'objets est-il plus beau concours?

Qui n'aimerait pas tes lacs aux eaux limpides?

Ô Canada! mon pays! mes amours!

 

Les quatre saisons de l'année

Offrent tour à tour leurs attraits.

Le printemps, l'amante enjouée

Revoit ses fleurs, ses verts bosquets.

Le moissonneur, l'été, joyeux s'apprête

À recueillir le fruit de ses labeurs,

Et tout l'automne et tout l'hiver, on fête.

Ô Canada, mon pays! mes amours!

 

Le Canadien comme ses pères,

Aime à chanter, à s'égayer.

Doux, aisé, vif en ses manières,

Poli, galant, hospitalier.

À son pays il ne fut jamais traître,

À l'esclavage il résista toujours;

Et sa maxime est la paix, le bien-être

Du Canada, son pays, ses amours.

 

Chaque pays vante ses belles;

Je crois bien que l'on ne ment pas;

Mais nos Canadiennes comme elles

Ont des grâces et des appas.

Chez nous la belle est aimable, sincère;

D'une Française elle a tous les atours,

L'air moins coquet, pourtant assez pour plaire,

Ô Canada! mon pays! mes amours!

 

Ô mon pays! de la nature

Vraiment tu fus l'enfant chéri;

Mais l'étranger souvent parjure,

En ton sein, le trouble a nourri.

Puissent tous tes enfants enfin se joindre,

Et valeureux voler à ton secours!

Car le beau jour commence à poindre.

Ô Canada! mon pays! mes amours!

 

La Minerve, vol. 9, no 40, 29 juin 1835, p. 3.

 

 




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