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François-Magloire Derome (1821-1880)

 

Avocat, écrivain, journaliste, protonotaire et greffier de la couronne et de la paix, François-Magloire Derome est né à Montréal en 1821 et décédé à Rimouski le 30 juillet 1880. Comme écrivain, Derome se fait d’abord connaître par sa poésie. Durant sa jeunesse surtout, il publie dans les journaux des poèmes à thèmes nationalistes qui le classent parmi les préromantiques canadiens-français. Cette poésie assez terne lui vaut l’honneur de figurer dans le Répertoire national. Cependant, un de ses poèmes, le Lendemain, publié en 1841 dans le Canadien, crée un certain émoi surtout chez les Anglophones quand il est traduit dans le Quebec Mercury. Derome y dénonce la perte de la liberté et surtout il annonce un sursaut des Canadiens : « Le peuple un jour aura son lendemain ! » Sa carrière de journaliste est plus longue et plus brillante. (Dictionnaire biographique du Canada)

 

              LE LENDEMAIN


Un nouvel an, pour la patrie heureuse,
Amène-t-il et repos et bonheur ?
Faut-il encor que ma muse joyeuse
Ose prédire un destin sans douleur?
Des jours mauvais dois-je pleurer le nombre,
Quand les plus beaux arrivent au déclin ;
Ou bien chanter un avenir moins sombre,
Pour chaque jour un meilleur lendemain ?


Non, le bonheur, ni les chants qu'il inspire,
N'existe point où meurt la liberté :
De l'oppresseur il déserte l'empire ;
Il vit aux lieux où règne l'équité.
La tyrannie infestant nos rivages,
A tout courbé sous l'effort de sa main ;
Et le bonheur a fui vers d'autres plages!...
N'aura-t-il plus pour nous de lendemain ?...


Pourquoi l'encens à ce pouvoir impie
Qui foule aux pieds ses devoirs et nos droits,
Enveloppant notre jeune patrie
Dans le réseau de ses iniques lois ?
Non : d'une ligue injurieuse, infamé,
Laissons sévir le courroux inhumain ;
Et que chacun dise au fond de son âme :
Le peuple un jour aura son lendemain !


D'un pôle à l'autre étendant son domaine,
L'Anglais jaloux convoite l'univers,
Portant l'effroi du glaive qu'il promène
Aux nations de vingt pays divers.
Sans nul remords il opprime ses frères,
Ainsi qu'a fait le grand peuple romain ;
Et, comme lui, centuplant nos misères,
Il a bravé l'arrêt du lendemain.


Un fier baron, plein d'une étrange audace,
A dit de nous : « En nos mains est leur sort :
« Des Canadiens frappons l'ignoble race ;
« Nous, les vainqueurs, nous vivrons de leur mort !»
Noble Thomson ! ton erreur est profonde !
Qui t'a donné ce pouvoir souverain?...
C'est l'équité, non la haine, qui fonde :
Et la justice aura son lendemain !


Amis, longtemps de fatales années
Ont obscurci notre horizon vermeil ;
Viendront enfin de belles destinées,
Un jour plus pur, un plus brillant soleil.
Un peuple bon, grandi dans la souffrance,
Fort de ses droits, ne gémit pas en vain.
Son âme s'ouvre & la douce espérance
Qui lui présage; un heureux lendemain.

J. Huston, Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne, Montréal, Imprimerie Lovell et Gibson, 1848.

 

 




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