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Eudore Évanturel (1852-1919)

L'album universel, Vol. 22, no. 1104, pp. 214 (17 juin 1905).

 

 

En 1875, Évanturel provoque un scandale avec sa pièce Crâne et cervelle qui raconte les mésaventures d'un étudiant en médecine qui dérobe des cadavres pour fin de dissection et qui découvre ainsi la dépouille de sa propre fiancée ! En 1878, il publie Premières poésies qui suscite encore la controverse, alors il se détourne de la poésie et s'exile à Boston après avoir perdu son poste de fonctionnaire. Il devient secrétaire d'un historien et fonde ensuite un journal au Massachusetts. Il revient au Québec en 1887 où il occupera un poste d'archiviste au Secrétariat de la Province jusqu'à sa mort. Évanturel est un poète talentueux dont l'imagination vive frôle l'anticonformisme.

 

           CADEAU DE NOCES

 

Contrat de mariage ! ô jabot de notaire !

 

Tu sentiras trembler ton âme dans ta voix,

Quand, tes prénoms signés, ta lèvre, avec mystère,

Fera chanter ce oui sur un air de ton choix.

 

Je n'aurai plus alors, pour assouvir ma rage,

Dans ce tombeau vivant où le sort m'aura mis,

Qu'à venir, ce jour-là, si j'en ai le courage,

Te porter le coffret que je t'avais promis.

 

Je franchirai le seuil de ta chambre, en extase,

Devant ta robe neuve aux volants de satin,

Pour glisser sous les plis de ton voile de gaze

Le cadeau que la fièvre aura mis dans ma main.

 

Ce sera le dernier d'une flamme mourante ;

Et quand tu briseras ce coffret pour le voir,

Mon coeur - que ta lame aura blessé méchante ! -

 

Tombera tout saignant de son papier en noir.

 

Premières poésies, Québec, Augustin Côté et cie, 1878, p. 183-184.

 

 

 

 

            SOUVENIR

 

Un soir du dernier carnaval,
— Un froid de loup, je me rappelle, —
Nous revenions tous deux du bal,
Bien tard, bien tard, mademoiselle.
 
Je m’en souviens, ô vrai bonheur !
Des airs joués à l’ouverture,
Les battements de votre cœur
Gardaient encore la mesure.
 
— Si vous m’aimiez ? — Je n’en sais rien.
Toujours est-il que la dernière
Vous songeâtes que votre main
Tenait la mienne prisonnière.
 
Pourquoi marchions-nous lentement,
Par un de ces froids de Norvège,
Malgré le vent qui par moments
Fouettait nos fronts, malgré la neige ?
 
C’est que, vois-tu, nous nous aimions
Déjà beaucoup, je me rappelle,
Le soir que seuls nous revenions
Bien tard, bien tard, mademoiselle.

 

Premières poésies, Québec, Augustin Côté et cie, 1878.




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