Image by FlamingText.com 

Émile Coderre (1893-1970)

Coderre

 

Émile Coderre est connu sous le pseudonyme de Jean Narrache. Né à Montréal, il devient pharmacien en 1919 dans l'un des quartiers pauvres de la ville. Il publie un premier recueil de poésie en 1922, Les signes sur le sable, fortement inspiré par le romantisme et le symbolisme. Par la suite, il publie quatre autres recueils, davantage inspirés par la misère humaine et les thèmes de Villon, Richepin ou Rictus. Humour, ironie et sarcasmes s'attaquent aux injustices subies par les miséreux. Les politiciens et le gouvernement n'échappent pas à ses critiques acerbes. Il publie également deux autres livres, en prose, et il écrit des sketches pour la radio.

 

       LES VIEILLES MAISONS

Les vieilles maisons qu'on n'habite plus
Dorment en silence à l'écart des routes,
Penchant vers la mort leurs vieux toits pointus,
Comme des vieillards dont le dos se voûte...

Sur l'horizon bleu se découpe en gris
L'étrange profil de leurs murs de pierre
Entre les massifs d'arbres rabougris
Et la frondaison verte des lierres...

Les vieilles maisons... Elles sont en deuil !
Même délaissé du gueux qui chemine
Le sentier perdu qui mène à leur seuil
N'est plus qu'un fourré de ronces, d'épines...


..............................................................
..............................................................

Comme les maisons aux vieux toits pointus
Meurent lentement d'être délaissées,
Les vieux souvenirs qu'on n'évoque plus
Tombent dans l'oubli des heures passées.

Les signes sur le sable, Montréal, Chez l'auteur, 1922.

 

BLÂMONS PAS LES PROFESSEURS

Moi, j'ai pas fait un cours classique ;
j'été rien qu'à l'école du rang.
Ça fait qu'c'est ça qui vous explique
que j'pass' pour être un ignorant.

Mais à l'écol' d'l'expérience,
j'ai r'çu mon diplôme à coups d'pied
où c'est qu'l'instruction puis la science
rentr'nt jamais sans nous estropier.

Ça fait qu' quand y'en a qui parolent
contr' nos grand's universités,
nos collèg's puis nos p'tit's écoles,
j'os' rien dir' ; j'suis pas fûté.

Seul'ment, avant de mettr' la faute
sur les maîtr's, les prêtr's puis les Sœurs,
faudrait ben se d'mander, nous autes,
quels élèv's qu'ont les professeurs.

Pensons, avant de j'ter la pierre,
à tous ceux qui doiv'nt se saigner
en travaillant à p'tit salaire
pour se dévouer à enseigner.

Si l'z'enfants qu'on envoie instruire
sont des vrais cruch's et des nonos,
les professeurs ont beau s'détruire,
y'en f'ront jamais des Papineau...

Quand un' bonn' poul' couv' des œufs d'dinde,
--- mêm' la meilleur' d'votr' poulailler, ---
faut pas la blâmer ni vous plaindre
qu'ça soit des dind's que vous ayez !

J'parle tout seul quand Jean Narrache, Montréal, Éditions de l'Homme, 1961.

 




Cool Text: Logo and Graphics Generator