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Charles Lévesque (1817-1859)

 

Charles-François Lévesque, avocat, patriote et poète, est né à Montréal. Prenant parti ouvertement pour les Patriotes en 1837, il s'exile brièvement aux États-Unis car il craint pour sa sécurité. En 1840, il quitte Montréal et s'établit à Berthier-en-Haut où il ouvre un cabinet d'avocat. En 1843, il épouse une Américaine qui mourra en donnant naissance à leur fille onze mois après son mariage. Lévesque ne s'en remettra jamais. Il consacrera ses dernières années à sa fille, à sa mère, et à la poésie qui devient son refuge. «De 1845 jusqu'à l'année de sa mort, il fera paraître une cinquantaine de poèmes dans divers journaux et revues, dont la Revue canadienne, l'Aurore des Canadas, le Canadien, le Moniteur canadien, la Minerve, de Montréal, et l'Écho des campagnes, de Berthier-en-Haut. La poésie de Lévesque est profondément influencée par son état d'âme. Souffrant lui-même du « mal romantique », il saura mieux que la majorité de ses contemporains transposer ce sentiment dans ses vers. Il s'attache surtout à décrire les malheurs et les travers de la société, la mort, mais aussi, sous l'influence de ses maîtres, Lamartine, Robert Burns, Longfellow, il chante de façon intimiste l'amour pur, la tendresse, la femme dans ce qu'elle a de plus sensible, les joies et les tristesses de la vie et sa foi.» (Dictionnaire biographique du Canada en ligne) Le 3 novembre 1859, il met fin à ses jours lorsqu'il se rend à la chasse dans une forêt avoisinante.

 

L'ORPHELINE À SON BERCEAU

Adieu, mon berceau, berceau que j'aime tant; toi qui me reçus à l'aube de la vie, si frêle, si petite, qu'un souffle pouvait m'éteindre, adieu.

Au sortir d'un pur baptême, dans ton sein on me mit, comme dans un cristal une fleur naissante ; j'ouvris à peine les yeux que pour les refermer et me rendre au sommeil, tout bas tu chantais.

Ta musique était douce, telle que les enfants l'aiment à cette heure première ; et joyeux, tu me dis : petite, dors, la vierge et les anges veillent sur toi.

Que de jours et de nuits furent ainsi dépensés ; jamais d'impatience, tu ne savais te plaindre ; le berceau n'a-t-il pas, pour la pauvre orpheline, l'amour d'une mère.

Plus d'un songe volage, bonheur de l'enfance, sur ton soyeux duvet, candidement je fis ; plus d'un soupir aussi, sous tes blanches couvertures, mes lèvres colorées exhalèrent.

Tu fus aussi témoin de ces petits dépits, qu'à l'âge de la faiblesse, on veut bien pardonner ; de ces larmes sans souffrance qui brillent comme des perles, et de ces gais transports, partis d'un jeune cœur.

Oh ! j'aimais à te voir toujours si bien paré ; tu le savais aussi, coquin berceau ! une frange couleur de neige, quelques rosettes de plus semblaient te rendre fier ! moi, j'avais du plaisir.

Tu te réjouissais de même, si la main nourricière, à ma blonde chevelure donnait un suave parfum ! si dans un jour de fête, comme un lys argenté, ma robe avait de la splendeur.

Vois-tu, mon berceau, nous étions l'un pour l'autre ; toi le parterre mouvant où on a cru l'innocence ; moi, la rose que tu as fait fleurir.

Maintenant, je suis grande, à trois ans et demi ; je le dis glorieuse ! ton cadre est trop étroit, il faut nous séparer ; l'oiseau devenu fort ne laisse-t-il pas son nid ?

Ne va pas t'attrister, ça serait peine perdue ; encore si tu pouvais prendre de l'ampleur ; tu ne seras pas seul, à ma place reposera mon jouet le plus cher : ma poupée.

Jolie poupée ! oh ! plus sage que moi, ses cris n'ont point d'écho, tu ne veilleras plus ; elle dort toujours sans jamais s'inquiéter, ni des ris, ni des pleurs.

Adieu, mon berceau, berceau que j'aime tant ; toi, qui me reçus à l'aube de la vie, si frêle, si petite, qu'un souffle pouvait m'éteindre, adieu.

Dans J. Huston, Répertoire national, Montréal, Imprimerie Lovell et Gibson, 1850.

 


                   LA FIANCÉE

Où vas-tu, jeune fille, en ta robe de fête ?
Comme un lys du matin, ne lèves-tu la tête
Que pour montrer au jour l'éclat de tes attraits ?
Quel bonheur rêves-tu? Dis, quels sont tes souhaits ?
Cherches-tu les plaisirs nourris par la mollesse,
Ou bien ceux que procure une vaine richesse,
Les discours ou l'encens d'amis adulateurs,
Ton empire et ta chute au milieu des honneurs ?
« Mettre au pied de l'autel ma couronne de rose,
Souvenir virginal qui d'amour se compose,
Prononcer un serment qui naît de la candeur
Je vais où me conduit le choix qu'a fait mon coeur,
Pour aimer mon époux et lui vouer mon âme,
Exister de lui-même et brûler de sa flamme,
Pour être grande et noble. Ô ! si belle à ses yeux !
Et porter nos regards, notre espoir vers les cieux. »
- Dieu veille sur tes pas, jeune fille adorée
Qu'il donne à ces vertus une gloire assurée.

De blanches fleurs parent son front.
Son coeur bat d'une vive joie.
Rien ne la distrait sur sa voie.
Or du ciel s'échappe un rayon
Pour embellir son innocence.
Elle marche avec l'espérance
Et l'amour dans sa pureté.
On la contemple et on l'admire ;
Sa hanche n'offre qu'un soupir,
L'adieu de sa virginité.

«La fiancée», Les grands classiques, Poésie française, Web.

 




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