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Charles Gill (1871-1918)

Charles Gill à l’âge de vingt-trois ans, 1893. Université d’Ottawa, CRCCF,

Fonds Charles-Gill.

Élève médiocre et indiscipliné, cet artiste essuie de nombreux échecs au cours de ses études primaires et collégiales. Sa vie prend un nouveau tournant en 1888 alors qu'il fait la rencontre d'un peintre américain, Georges de Forest Brush, qui le prend sous son aile. Il étudie à l'Association des Beaux-Arts de Montréal avant de partir pour la France en 1890 où il séjourne pendant quatre années. En revenant à Montréal, il ouvre son propre atelier sur la rue Saint-Denis. Membre de l'École littéraire de Montréal à partir de 1896, il découvre l'art du journalisme, de la poésie et du conte. Il enseigne le dessin, la peinture et l'écriture pour s'assurer un revenu plus stable. Ayant une vie de bohème, sa relation avec sa femme s'envenime et aboutit à leur séparation en 1913. Il vit ses dernières années dans la maladie et décède en 1918 des suites de la grippe espagnole. Plusieurs de ses oeuvres seront publiées après sa mort, comme sa poésie en un volume intitulé Cap éternité et Les étoiles filantes. (Paul Wyczynski dans Dictionnaire biographique du Canada, volume 14, de 1911 à 1920, Québec, Presses de l'Université Laval, 1998, p.443-445)


            LARMES D'EN HAUT


Vous portiez à ce bal les deux plus belles roses;
En les entrelaçant dans l'or de vos cheveux,
Naïf, je leur avais confié les aveux
Lâchement retenus entre mes lèvres closes.

Vous en avez flétri l'éphémère splendeur
Dans l'étourdissement des valses enivrantes,
Et leur âme a mêlé ses ondes odorantes
Aux sons harmonieux du violon rêveur.

Et puisque, désormais, leur beauté disparue
Ne pouvait à la vôtre ajouter d'apparât,
Je vous vis les livrer aux hasards de la rue
Comme un vil oripeau qui perdrait son éclat.

Vous n'auriez pas jeté du rêve aux gémonies,
Si vous aviez compris ces messagers du coeur !...
Combien d'illusions, à tout jamais bannies,
Roulèrent au trottoir avec les pauvres fleurs !...

Dès qu'aux premiers rayons l'aurore ouvrit ses portes,
J'allai les recueillir; le frimas matinal
Émaillait leurs débris de larmes de cristal :
La nuit avait pleuré sur les deux roses mortes.

Le Cap Éternité, poème suivi des Étoiles filantes, Montréal, Édition du Devoir, 1919.

 




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