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André-Romuald Cherrier (1821-1863)

 

 

André-Romuald Cherrier, qui utilisa plusieurs fois le pseudonyme de Pierre-André, était le fils d'un « marchand-pelletier, manchonnier » de Montréal et le benjamin de la famille qui comptait quatre enfants: mentionnons que l'un de ses frères, Georges-Hippolyte (1813-1903), fut, en 1853, l'éditeur de Charles Guérin de P. J. O., Chauveau et de la revue La Ruche littéraire que dirigea H. E. Chevalier, et que sa soeur Odile écrivit dans le Populaire sous le pseudonyme d'Anaïs. Son père mourut à quarante-deux ans, en 1828. Cherrier n'avait alors que sept ans. Il fit ses études au Collège de Montréal (1832-1840) ; il fut admis au Barreau en 1842. Il épousa Henriette Parthenais le 7 octobre 1844 à Joliette. Après avoir exercé sa profession à Montréal pendant une dizaine d'années, il alla s'établir à Joliette en 1853. Le surmenage devait le conduire à une mort prématurée, en 1863. (Source : Yves Garon, « Qui était "Pierre-André", Le premier critique de notre premier roman ? », Érudit, Web)

«Le tout petit morceau qui suit, est le fruit d'une verve encore enfantine. [...] À l'époque  où je composai ces vers, je n'avais que treize ans et huit mois.» Cherrier est reconnu pour ses critiques littéraires parues dans les journaux de l'époque, mais il a aussi écrit quelques poèmes. «Vers d'un enfant à son chien» témoigne déjà du talent de son auteur.  

 

 

      VERS D'UN ENFANT À SON CHIEN

 

Quand à l'aube du jour, au souffle de la brise,

     Je m'éveille soudain,

Et qu'un aboi sonore, à ma douce surprise,

     Perce dans le lointain ;

Au chevet de mon lit, bondissant, qu'aperçois-je

     - Mon plus fidèle ami...

Mais, ô songe enchanteur ! alors à qui rêvois-je ?

     - Hélas c'était à lui !...

 

Quand des spectres affreux, de livides fantômes,

     Obsèdent mon repos,

Et qu'une ardente fièvre, aux plus ardents symptômes,

     Ronge et brûle mes os ;

Compagnon de mes maux, près de moi que trouvé-je ?

     - Mon plus zélé gardien...

Mais alors (ciel ! pardonne...) alors à qui pensé-je ?

     - C'est encore à mon chien...

 

Quand un sommeil d'enfant vient clore mes paupières

     Et rafraîchir mes sens,

Toujours de ce sommeil les images premières

     Me peignent ces sermens,

Si par fois son absence offusque ma pensée

     Et me livre à l'ennui,

Vivant, je ne vis plus ; et mon âme troublée

     Ne parle que de lui.

 

Mais rien n'est à mon coeur, si doux et si suave,

     Que, lorsque à table assis,

Je lui glisse à l'écart, surmontant toute entrave,

     Des mets le plus exquis,

Si, ne songeant qu'à lui, sans cesse je l'observe,

     Son naïf entretien,

Son langage ingénu, chez lui, tout me conserve

     L'amitié de mon chien.

 

Dans les prés verdoyants, quand de quelque voyage

     Il est mon compagnon,

Au murmure de l'onde, il mêle son tapage,

     Avec un air mignon ;

Et quand sur la verdure, à l'ombre de l'érable

     Au toit hospitalier,

Je succombe au sommeil, souvent sa chair palpable

     Me tient lieu d'oreiller.

 

Vêtu de ces habits (qu'on porte aux jours de fête,)

     Quand au Temple je vais,

Toujours à mon retour, je vois la pauvre bête

     Me chômer à jamais ;

Et, lorsque de maman l'implacable colère

     Menace le bichon,

Pour l'innocent proscrit, mon instante prière

     Brigue un juste pardon.

 

Le Populaire, no 104, 11 décembre 1837, p. 1.

 

 

                 À MON AMIE...

 

Astre éclatant, qui dores ma chaumière.

Tu viens, des jours m'apporter le plus beau ;

Répands ici tes gerbes de lumière,

L'objet aimé pour moi n'est plus nouveau :

Je le possède... il est là... qui soupire...

Son coeur se gonfle à l'approche du mien,

Doux est son feu, plus doux est son empire...

     C'est un ange-gardien.

 

Il fut un temps, (ah ! pardonne à mes larmes) !

Où, renonçant pour toujours au bonheur,

Je ne vis plus, dans l'attrait de tes charmes,

Que le néant... la nuit de mes douleurs.

Quand tu cessais de nous prêter tes flammes,

J'errais pensif... mais devine le lien

Qui dans ces temps avait reçu mon âme ?

     C'était l'ange-gardien.

 

Absence, hélas ! que tu me fus cruelle...

Ton souvenir se rattache à mes pas...

Près d'Héloïse, aimable pastourelle,

Oseras-tu me livrer des combats ?

Non ; désormais plus de sollicitude,

Je m'abandonne à l'unique soutien

Qui calmera ma sombre inquiétude...

     À cet ange-gardien.

 

Le Populaire, no 66, 11 septembre 1837, p. 1.

 

 

 

 




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