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Albert Ferland (1872-1943)

Né à Montréal, Albert Ferland séjourne à Labelle, près d'une réserve amérindienne, de 1879 à 1884, son père ayant décidé d'y faire fortune. Cinq ans plus tard, après un succès modeste, la famille retourne vivre à Montréal. Même si Ferland aura été marqué par son séjour dans la forêt outaouaise, il ne quittera plus la grande ville. Autodidacte en poésie, comme il le sera dans le dessin, c'est un rêveur, un poète dans l'âme. Il occupe divers emplois : dans une épicerie, une imprimerie, un bureau d'avocat, puis finalement, il sera professeur de dessin. Il a son propre studio dans le Vieux-Montréal, à l'angle des rues Notre-Dame et Saint-Gabriel - une plaque commémorative le rappelle. Il publie ses premiers poèmes à l'âge de 16 ans dans les journaux de l'époque. En 1893, il fait paraître son premier recueil, Mélodies poétiques, en 1899, Femmes rêvées, puis une série de cinq recueils, Le Canada chanté, de 1909 à 1946. (Source : BookRags, Dictionary of Literary Biography. Malheureusement, il semble n'exister aucune biographie en français dans les sites habituels.)

                        RÊVE

Les cheveux flottants et la gorge nue,
Au sein d'un val où j'étais seul,
Une femme est venue.

Calme, en traversant l'ombre d'un tilleul,
Elle s'embellit d'un sourire,
Quand elle me vit seul,

Et, parfumant l'air d'une odeur de myrrhe,
Elle vint s'asseoir près de moi,
Ne cessant de sourire.

Puis elle m'offrit, vibrante d'émoi,
Le baiser de sa lèvre rose,
En s'inclinant sur moi,

Les cheveux flottants, la bouche mi close.

 

 

 

                    LES BOIS

Vous souvient-il qu'un jour auprès des flots tranquilles,
Sous le dais de ces bois moussus et parfumés,
Ainsi que les pastours des anciennes idylles,
Nous nous sommes aimés ?

Vous souvient-il encor des bois où nous allâmes,
Alors qu'aux vents de mai neigeaient les églantiers,
Alors que sans retour s'allumait en nos âmes
L'amour que vous chantiez ?

Le divin souvenir de ces heures lointaines,
Doux, triste, vous fait-il quelquefois regretter
De n'avoir plus au cœur les espérances vaines
Qui vous faisaient chanter ?

Hélas ! nos corps ainsi que ces bois séculaires
Par les soleils d'avril ne sont plus rajeunis,
Car, ô femme, à jamais sont mortes nos chimères
Et nos fronts sont ternis !

Femmes rêvées, Montréal, Chez l'auteur, 1899, 48 p. Illustrations de Georges Delfosse; gravures de A. Morissette. Préface de Louis Fréchette.

 

                  LA PASSANTE

Dans le chemin fleuri qui va longeant la grève,

Les yeux épris du soir et l'âme ouverte au rêve,

Dans l'air languide où fuit l'odeur des mélilots,

J'ai perçu, presque doux et perdus, des sanglots.

Puis, revenant du quai parsemé de lumières,

Une femme pleurante et blonde, en robe claire,

Sema, plus près de moi, les pleurs de son chagrin.

Lentement son image au loin s'est effacée,

Mais la passante en pleurs obsède ma pensée,

Et, triste à cause d'elle et ne sachant pourquoi

Cette blanche pleureuse encore pleure en moi,

Vainement, je m'attarde à ressaisir mon rêve,

Perdu dans le chemin qui va longeant la grève.

Le Canada chanté : Le Terroir, Livre deuxième, Montréal, L'auteur et Déom frères, 1909.

 

       

 

 

 




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