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Adolphe Poisson (1849-1922)

Né à Nicolet, Adolphe Poisson vécut à Arthabasca presque toute sa vie. Admis au Barreau en 1874, il fut receveur de l'enregistrement dans le comté d'Arthabasca. Selon Thomas Chapais, dans sa critique du 24 décembre 1902 parue dans l'Événement, la poésie de Poisson est une poésie intime qui chante la famille et ses émotions saintes, les joies de l'amitié et la nature. (Source : J. Fournier, Anthologie des poètes canadiens, 1902.)

 

                                      MES PINS

J’ai l’ombre de trois pins. Ces rois de mon parterre
Lèvent avec orgueil leurs fronts vertigineux.
Au printemps plus d’un nid s’y loge avec mystère,
Attiré par l’odeur de leur bois résineux.

Ô pins, vous survivrez à mon humble mémoire,
Et quand je dormirai dans l’oubli des vivants,
Que rien ne restera de mon pâle grimoire,
Vous couvrirez mon toit de vos rameaux mouvants.

Un jour, lorsque, couché là-bas au cimetière,
Je mêlerai ma cendre à l’humus engraissé,
Vous braverez le ciel de votre cime altière,
Témoins longtemps debout d’un fragile passé.

Les saisons passeront, les mois et les années,
Sous vos rameaux les nids succéderont aux nids;
Dépouille de l’hiver, vos aiguilles fanées
Serviront de jonchée aux gazons tout jaunis.

Un jour vous tomberez pourtant sans une trace,
Moins heureux que les pins si vantés de Tibur;
Pour vous rendre immortels vous n’aurez pas Horace
Et vous disparaîtrez comme le barde obscur.

Mais plus heureux que vous, ma cendre va renaître.
Un jour je sortirai de mon dernier sommeil;
À l’appel de mon Dieu je reprendrai mon être,
Tandis que vous, ô pins, c’est la mort sans réveil.


Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902.




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