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Le chat qui ne miaulait pas

 

         J’ai toujours aimé les chats. Qu’ils soient  osseux, obèses, borgnes, à trois pattes, tachetés, zébrés, ou même noirs, ô horreur pour les superstitieux, je les aime tous. Je sais, je me répète, mais je manque parfois de vocabulaire quand il s’agit de ma passion.  Cet amour me procura tout un émoi l’hiver dernier. Il faut que je vous raconte mon histoire, vous aurez peine à me croire…

         Un matin de février, par un froid glacial, je me dirigeai à petits pas vers ma voiture, comme d’habitude. Je pestais contre l’hiver, à l'instar des autres travailleurs, sans trop me préoccuper du paysage. Je remarquai bien d’étranges empreintes sur le capot de ma voiture mais sans trop m’y attarder. Bon, me dis-je, c’était sans doute le chat du voisin qui s’était amusé à sautiller allègrement  sur ma voiture avant de rentrer chez  lui. Je m’empressai d’ouvrir la portière afin de m’asseoir  derrière le volant de mon bolide, une antique Japonaise qui avait vu la route pour la première fois en 1988. Frigorifiée, je mis la clé dans le commutateur d’allumage, et soudainement, un hurlement horrible fit s’envoler les corneilles qui somnolaient  sur les fils électriques.  Je sursautai violemment et me cognai la tête contre le rebord de la portière.  Je regardai dans toutes les directions, mais je ne vis personne. Mon cœur battait la chamade, je ne sus trop que faire. Puis, après une ou deux minutes sans bouger, je me calmai un peu;  je décidai alors de sortir de ma voiture et de me diriger vers l’entrée principale de ma résidence. On ne savait jamais, peut-être mon voisin septuagénaire avait-il fait une mauvaise chute. Je scrutai minutieusement les environs, mais je ne vis rien. Je rebroussai chemin et me dis que j’avais probablement entendu le crissement des pneus d’un automobiliste impatient .  Il m’arrivait parfois d’imaginer des catastrophes épouvantables, mon imagination débridée me jouait souvent des tours. Pour la seconde fois, je me préparai à mettre la clé dans le commutateur quand je vis une ombre se profiler sur le capot de ma voiture : cette ombre était effrayante, et  ses bras, ou ce qui ressemblait à des bras, étaient d’une longueur anormale.  Des craquements sinistres me pétrifièrent littéralement, puis l’ombre se rapprocha de ma voiture à une vitesse vertigineuse. Les portières ! Il me fallait verrouiller les portières ! La main tremblante, je réussis enfin à bouger et à verrouiller les satanées portières. Puis, je me tins parfaitement immobile m'attendant au pire... . Mon Dieu ! Qu’allait-il m’arriver… J’étais tellement effrayée que mes dents claquaient et que mon corps frémissait imperceptiblement.  Tout à coup, un bruit effrayant  se produisit, comme si quelqu’un frappait sur le toit de ma voiture avec un marteau. Je n'eus plus rien à perdre, je hurlai et je tentai de klaxonner pour alerter mes voisins, mais aucun son ne se fit entendre; le gel avait dû endommager le mécanisme. Que faire, que faire ? Je continuai de hurler, mais assurément, il n'y avait personne dehors par un tel froid. On frappa encore plus violemment, puis soudainement une tête hirsute apparut à ma gauche. Je fermai les yeux, je préférais ne pas voir la suite…  Alors mon téléphone cellulaire sonna : sauvée, j’étais sauvée ! J’oubliais toujours que j’avais un téléphone, mais je me promis que cette fois-ci, je ne l’oublierais plus jamais.

- Madame Diane, vous allez bien ? J’espère que le chapeau en fourrure de raton-laveur de mon mari, pattes et museau inclus, ne vous a pas trop effrayée, ça l’amuse toujours de faire peur aux enfants avec cet accoutrement épouvantable… Ah ! Ah ! Madame Diane… vous êtes toujours là ? Et puis, vous l'avez entendu appeler son chat ? On aurait dit une mouette souffrant d'une laryngite aiguë ! Vous ne dites rien ? Ah… vous riez... Tant mieux, allez, bonne journée !

         Mon voisin, monsieur Tremblay, se tenait, hilare, devant ma voiture. En fait, les coups de marteau étaient des coups de balai à neige. Il voulait me prévenir que son chat, Nestor, était malade : il ne pouvait plus miauler. Connaissais-je un remède, moi, l’experte en chats ? Je voulus rester polie, mais je ne suis pas certaine encore aujourd'hui que j'y parvinsse tout à fait.

- Monsieur le farceur… Un seul conseil : gardez-le à l’intérieur et profitez-en pour faire la même chose !

     Depuis cette inoubliable journée, je n'ai jamais revu Nestor, ni monsieur Tremblay d'ailleurs !

 

Jaune : situation initiale

Rose : élément déclencheur

Péripéties et actions : sans surlignage

Vert : dénouement

Bleu : situation finale

 

 

© Diane Boudreau 2009

 

 

 

 




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