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Mes poèmes

L'ENCRE COULE SUR MA MAIN

 

Serait-ce l'impuissance tue

Serait-ce l'immobilité de l'oubli

Serait-ce l'atrocité de la chute

Serait-ce la fin de la déroute

     Je ne sais pas

     Je ne sais pas

Serait-ce la beauté du délire

Serait-ce l'invisibilité de l'iris

Serait-ce la douceur de la silice

Serait-ce la moiteur du vide

     Je ne sais pas

     Je ne sais pas

Serait-ce la déconvenue de la faille

Serait-ce l'absence des regrets

Serait-ce l'abîme du silence

Serait-ce la violence des heurts

     Je ne sais plus

     Je ne sais plus

 

TRANSHUMANCES ERRATIQUES

 

J'ai marché dans la forêt muette. Pas un cri, pas un mot.

Pas à pas sans respirer.

La bise était cinglante. Les corbeaux voletaient, aveugles.

J'ai voulu le repos, la défaite sans doute.

Rêves inutiles envolés dans un bruissement d'âmes.

J'ai fermé mon livre d'heures et je suis rentrée.

 

LA NUIT S'EST LEVÉE HIER

 

Des gouttes de pluie contre la vitre de ma fenêtre

m'ont ouvert les yeux.

 

Des lueurs bleutées ont traversé les rides anciennes

de ton visage.

 

Des brisures d'ailes ont éclaboussé les rues

sombres et désertes.

 

Des éperviers ensommeillés ont encerclé

la ville endormie.

Des odeurs inconnues ont envahi les routes caillouteuses

de la clairière abandonnée.

 

Des mains calleuses ont saisi mes épaules

sans hâte et sans impatience.

 

Je me suis enfouie derrière mes paupières closes.

 

UNE PHRASE INACHEVÉE

 

J'ai vu un vieux livre abandonné sur un banc de parc.

J'ai marché dans le sentier pentu en écrasant des brins d'herbe gelée.

J'ai respiré l'air iodé qui s'échappait d'une bouteille brisée.

J'ai reconnu les cèdres centenaires près de l'étang vide.

J'ai lu les hiéroglyphes dessinés par des mains malhabiles.

J'ai murmuré des mots incompréhensibles sans avoir peur.

J'ai tout aimé.

 

LA COUCHE DE VERRE AZURÉEN

 

Telles des eaux-fortes pâlies par la lumière

indivisible de ta peau, je cherche la pénombre

 

Des reflets cuivrés dardent leurs éclats

sur tes cheveux dénoués, je m'enfonce dans ta chair

 

Telles des pierres rejetées par la foudre goulue,

je m'insinue dans les circonvolutions ailées des ombres muettes

 

Des odeurs de benjoin et d'ambre se mêlent

à tes effluves innommables, je perds la courbe

de tes regards enchevêtrés

 

Je me tais, je disparais

 

ON, TU, ILS

 

Comment ne pas trembler quand le gel transperce les os

et les lèvres déjà bleuies

 

Comment ne pas gémir quand le sable emplit le ventre

et la gorge déjà grise

 

Comment ne pas s'enfuir quand la peur retient les gestes

et les luttes déjà perdues

 

Comment ne pas disparaître quand la lumière désacralise les miroirs

et les images déjà relues

 

Comment ne pas se taire quand l'indicible brise les lames

et les nuques déjà offertes

 

Nous.

 

JE NE VEUX PAS ME TROMPER

 

Je ne veux pas me tromper. J'écris lentement sans connaître les mots qui viendront, qui resteront ou qui s'estomperont dans l'ombre de l'encre qui coule sans bruit.  

J'entends un craquement. Mes jointures peinent sous le joug de la digue qui m'empêche de voir au-delà de la tâche inconnue, au-delà des frémissements contenus.

J'entends une porte qui claque, on dirait la fuite d'un animal apeuré, d'une bête qui souffre depuis longtemps.

J'entends son souffle, je vois ses flancs palpiter. L'abandon sans doute, le besoin d'une présence rassurante.

J'entends le désir d'un corps autre que le sien, d'une chaleur extérieure, d'un tendre effleurement.

Je ne veux pas me trouver. Je m'élimine sans heurt et sans rancœur.

 

LA NUIT LE VENT LES GOUTTES D'EAU

 

La nuit le vent les gouttes d'eau
Veulent ma peau
Veulent mes os
Veulent ma langue
Où puis-je dormir
Dans le lit de la rivière
Dans le lin tissé hier
Dans la lande esseulée


Le roc la lave les cendres
Couvent sous mes cheveux
Couvent sous ma chemise
Couvent sous ma chair
Où vais-je partir

 

RUMEURS INFÉCONDES

 

Poitrines plates sous les feux de Bengale

Tissus déchirés par des ombres qui ressemblent

à des crevasses

à des naufrages

à des séismes

 

Corps secoués par des secousses enfiévrées

Piétinements aveugles des insectes qui fourmillent

sous les ruines

sous les pierres

sous les dunes

 

La surdité, don de soi aux voyeurs. L'immobilité.

 

VIENNENT OU PAS

 

Cracovie dans la peau. Noirceurs dans le regard. Je pèle 

je pâlis sous les rayons de la roue dentée.

 

Averses qui se noient qui se revoient.

Je m'infiltre je me liquéfie je me déracine

sous la pudibonderie de ses débandades

ratées.

 

Griserie incontinente. Je ploie sous la lourdeur

de la chaux de l'assaut. Les ruines restent les

bruines aussi.

 

 




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